Budget de Bayrou : une nouvelle occasion d’agiter le conflit de générations

Les annonces budgétaires du chef du gouvernement, François Bayrou, ont suscité de vives critiques et ravivé le spectre du conflit intergénérationnel. D’un côté, les actifs revendiquent le fruit de leur travail actuel ; de l’autre, les retraités défendent les droits acquis par leurs années de labeur.

La suppression de deux jours fériés et une réforme de l’abattement de 10 % sur le calcul de l’impôt sur le revenu pour les retraités ont été au cœur des débats. Pas d’inquiétude, semble-t-on dire, il y en aura pour tout le monde. Ces mesures, présentées le 15 juillet, ont été unanimement critiquées par les oppositions, et même au sein de la coalition gouvernementale, où Édouard Philippe s’est empressé opportunément de marquer ses distances. Cette prise de parole a également mis en lumière l’opposition, stérile, entre travailleurs et retraités.

 

Conflit de générations : un leurre bien contemporain

 

Nous avons abordé ce sujet à plusieurs reprises sur Liberté Politique, tantôt sous l’angle de son instrumentalisation politique par Emmanuel Macron, tantôt pour ce qu’il révèle de notre société. Aujourd’hui, ce sont les annonces budgétaires qui attisent les braises du conflit intergénérationnel. D’un côté, les retraités, qui ont souvent cotisé pendant de longues années, parfois dans des conditions plus exigeantes que celles des actifs actuels ; de l’autre, les actifs, confrontés à une pression fiscale écrasante dans un pays où les infrastructures, entre autres, laissent à désirer. Les jeunes générations se plaignent par ailleurs des difficultés d’accès à la propriété dans les grandes villes, tandis que les aînés reprochent à la nouvelle génération une mobilité professionnelle fréquente et un rejet supposé des contraintes.

 

Il ne s’agit pas ici de trancher la question : « Faut-il taxer les retraités ou les actifs ? ». En réalité, avant de s’en prendre à ceux qui travaillent ou ont travaillé, il existe des marges de manœuvre significatives. François Bayrou l’a d’ailleurs démontré en partie en renonçant au renouvellement d’une partie des fonctionnaires. Une réflexion sur les contributions de la France à l’Union européenne, où elle donne plus qu’elle ne reçoit, pourrait également dégager des ressources. Enfin, comme certains l’ont souligné, des économies pourraient être réalisées sur la politique migratoire, alors que la France continue d’accueillir plusieurs centaines de milliers de migrants chaque année. Ainsi, selon Agnès Verdier-Molinié, directrice de l’iFRAP, « les étrangers de plus de 65 ans, de plus en plus nombreux à s’installer en France, perçoivent le minimum vieillesse sans avoir jamais travaillé ni cotisé, recevant ainsi un montant équivalent à celui d’un smicard ayant cotisé 44 ans ».

 

Le conflit intergénérationnel, qui agite le pays depuis plusieurs mois, est stérile et oppose des groupes ethniquement assez homogènes et aux préoccupations souvent proches (liberté, sécurité, propriété), avec des reproches parfois légitimes, parfois contestables. Il est impératif de sortir de cette ornière pour redresser le pays. Cela passera, pour les uns, par le respect de la piété filiale, et pour les autres, par la redécouverte ou l’entretien du sens du devoir parental.

 

Olivier Frèrejacques

Président de Liberté politique